Que révèle le volet « comportement » de Nutri-Bébé 2013 ? Un paradoxe : des aliments spécifiques plus longtemps, des aliments inadaptés trop tôt.

RETENIR

Les résultats du volet « comportement »• Les recommandations nutritionnelles sont globalement mieux suivies qu’en 2005 (âge de passage aux préparations pour nourrissons et modalités de diversification).
• 46 % des nourrissons sont allaités jusqu’à 3 mois.
• Si on constate une augmentation de consommation du lait de croissance, le lait de vache reste trop consommé (37% des enfants du panel).
• Le premier repas sans lait et l’introduction des morceaux ont tendance à être trop tardifs.
• On note une sur-implication des mères avant l’âge de 1 an, puis une rupture : 60 % des 12-23 mois mangent la même chose que leurs parents (alimentation adulte non adaptée).
• Les mamans baissent trop vite les bras devant un refus alimentaire.
• Un tiers des enfants mange devant un écran.

 

AU SOMMAIRE :
• Quels conseils les mamans suivent-elles ?
• Comment les repas sont-ils pris ?
• Quelle est la place de l’allaitement maternel ?
• La consommation des différents types de lait a-t-elle évolué ?
• La diversification alimentaire

 

Quels conseils les mamans suivent-elles ?

•  76 % se basent sur leur instinct (87 % pour les multipares et celles âgées de plus de 35 ans).
•  56 % ont recours aux conseils d’un médecin (61 % pour les moins de 25 ans).
• L’entourage est la 3e source de conseils pour les mamans de bébés de moins de 5 mois.

Comment les repas sont-ils pris ?

• Dans 86 % des cas, c’est la mère qui prépare et se charge de donner les repas.
• L’implication du père commence à apparaître faiblement : 2 % donnent régulièrement les repas (1 % en 2005). Le papa est plus présent pour les primipares.

• Pour les enfants de 1 an à 3 ans : 64 % mangent en même temps que leurs parents (74 % chez les mères multipares, et 65 % pour les primipares).
60 % des enfants de 12 à 23 mois mangent régulièrement la même chose que la famille, (figure 1) c’est-à-dire des aliments non adaptés à leurs besoins et à leur physiologie, alors que l’alimentation des 3 premières années joue un rôle sur sa santé future et qu’une alimentation non adaptée peut avoir un impact direct, comme une surcharge rénale en cas d’apport protéique trop élevé ou de sel ajouté.
Il semble qu’à partir de l’âge de 1 an, les mamans suivent moins bien les recommandations nutritionnelles : à partir de la marche, le bébé est considéré comme un grand et a tendance à imiter davantage les aînés…
 
 

Figure 1 – Prise de repas identiques à ceux du reste de la famille (%).

 

29 % des enfants, toutes tranches d’âge confondues, mangent devant un écran (TV, ordinateur, tablette…), alors que l’éducation alimentaire implique le calme et l’échange.

Quelle est la place de l’allaitement maternel ?

Dans sa version 2013, Nutri-Bébé a inclus les enfants allaités. Parmi ce nouveau panel :
46 % des enfants de 15 jours à 3 mois sont allaités ;
• entre 8 et 11 mois, le taux d’allaitement chute, mais reste encore à 16 %.

La consommation des différents types de lait a-t-elle évolué ?
 
 

Figure 2 – Consommation des différents types de lait (%).

 

Par rapport à la précédente enquête (enfants allaités non inclus), les résultats les plus marquants sont les suivants :

Laits infantiles

• Les laits infantiles liquides prêts à l’emploi sont majoritaires (63 %), et surtout utilisés après 12 mois (77 à 90 %).
• On note une augmentation d’utilisation des préparations pour nourrissons (laits 1er âge), due aux changements de recommandations depuis 2007 (les recommandations antérieures indiquaient leur utilisation jusqu’à l’âge de 4 mois ; à présent, elles peuvent être données jusqu’à l’âge de 6 mois).
• On relève également une augmentation de l’utilisation des laits de croissance (à partir de 1 an) recommandés par rapport au lait de vache (1) car ils contiennent 20 à 30 fois plus de fer, 2 fois moins de protéines, et sont plus riches en acides gras essentiels et vitamines A, D, E et C.
Le passage au lait de croissance se fait sur les conseils d’un professionnel de santé dans 66 % des cas.
• Les mères qui ont allaité ont davantage tendance à donner ensuite à leur enfant du lait de croissance (lait de croissance 32 %, lait de vache 31 %) par rapport à celles n’ayant pas allaité (25 % et 48 %). Malgré leur recherche de la naturalité, elles reconnaissent le bénéfice nutritionnel d’un produit plus technique tel que le lait de croissance.

Lait de vache

• Sa consommation diminue : 41 % en 2013, 47 % en 2005. Avant l’âge de 12 mois, 32 % des enfants en consomment en 2013, contre 44 % en 2005.
• L’âge de passage au lait de vache a reculé : de l’âge de 12 mois, en 2005, à 13,8 mois en 2013.
Si ces évolutions vont dans le bon sens, la consommation de lait de vache est encore trop élevée, alors que le lait de croissance est recommandé de préférence jusqu’à l’âge de 3 ans (1, 2).
• Lorsque le lait de vache est consommé, il s’agit, dans 88 % des cas, de lait demi-écrémé et non de lait entier. Or, l’enfant en bas âge a besoin d’un apport important en lipides (pour couvrir ses besoins énergétiques et lui assurer un bon développement cérébral).
• Le lait de croissance est davantage donné par les primipares (figure 3).
• Les plus jeunes donnent significativement plus de lait de vache (figure 4).
• La consommation de lait de vache au détriment des laits spécifiques augmente enfin avec le faible niveau socio-économique. A titre indicatif, le surcoût du lait de croissance par rapport au lait de vache entier est seulement de 0,30 à 0,50 euros par jour.
 
 

Figure 3 – Consommation de différents types de lait selon la parité (%).

 
 

Figure 4 – Consommation de différents types de lait selon l’âge de la mère (%).

 

La diversification alimentaire

Elle est mise en place essentiellement au moment du déjeuner et du goûter.

Le début de la diversification

• 6 % des nourrissons de 15 jours à 3 mois commencent à manger autre chose que du lait or le démarrage de la diversification ne doit pas se faire avant 4 mois.
• Le début de la diversification est proche des recommandations (jamais avant 4 mois, de préférence pas après 6 mois). Entre 4 et 5 mois, 56 % des enfants consomment des aliments autres que le lait, entre 6 et 7 mois 96 %, et à partir de 1 an 100 %.
• Les mères les plus jeunes (moins de 25 ans) ont tendance à diversifier avant 4 mois.
Le premier repas sans lait se fait en moyenne à 10 mois (8 mois en 2005).
Les premiers aliments donnés à l’enfant suivent dans la majorité des cas les recommandations, avec l’introduction des légumes et des fruits, mais d’autres aliments sont donnés dès le début de la diversification (figure 5)
 
 

Figure 5 – Premiers aliments donnés à l’enfant.

 

L’évolution des textures

Les textures non lisses commencent à être introduites à partir de 6-7 mois, mais 82 % des enfants ont encore des aliments mixés lisses à cet âge.
• Entre 8 et 11 mois, 41 % mangent des petits morceaux, mais 47 % ont encore une alimentation lisse.
L’alimentation grossièrement mixée ne doit pas être introduite trop tardivement car l’évolution des textures participe aussi à l’élargissement de la palette alimentaire.

Fait-maison, alimentation infantile et alimentation “adulte”

• Jusqu’à 11 mois, les aliments infantiles spécifiques et le fait-maison sont utilisés majoritairement.
• Les premiers aliments non spécifiques (pain et yaourts) sont introduits entre 8 et 11 mois. La rupture se fait à 12 mois, avec une consommation majoritaire d’aliments non spécifiques.
• Les mamans qui ont allaité utilisent significativement plus le fait-maison, en particulier pour les potages, fruits, plats cuisinés, biscuits et viennoiseries, les jus de fruits, le pain et les sauces.

Le fait-maison est une excellente solution, à la condition d’utiliser des produits de qualité, de respecter les quantités de nutriments recommandées, notamment pour les protéines, de limiter le sel, d’éviter les sucres simples au profit des sucres complexes (céréales, féculents), de sélectionner les bons lipides (graisses végétales), et d’éviter toute graisse cuite ou friture.
Or les frites sont données dès 8 mois (13 %) ; elles sont consommées par 60 % entre 12 et 23 mois, pour atteindre 83 % chez les 30-35 mois !

Les plats industriels non spécifiques à base de viande ou de poisson sont consommés à 54 % dès 12 mois.
Les biscuits, gâteaux, viennoiseries industrielles passent de 35 % dès 8-11 mois à 81 % chez les 12-23 mois.
Les pâtes à tartiner au chocolat sont consommées par 26 % des 12-17 mois, pour atteindre 65 % à 30-36 mois.

Les aliments spécifiques pour bébés sont une alternative utile car ils garantissent un équilibre nutritionnel, des quantités adéquates et la sécurité alimentaire.

Les boissons

Si les boissons spécifiques pour bébé commencent à être consommées tôt (16 % à 4-5 mois, 22 % à 6-7 mois, puis dans cette même proportion pour les tranches d’âge suivantes, jusqu’à 23 mois), les sirops ou boissons aromatisées et jus de fruits du commerce, sources inutiles de sucre, le sont aussi.
Fait notable, la consommation de sodas apparaît dès 12 mois !
 
 

Figure 6 – Les boissons consommées.

 

Le refus alimentaire

• Le refus alimentaire apparaît tôt : chez 57 % des 6-7 mois et 56 % des 8-11 mois.
Puis il diminue : 46 % à 12-17 mois, 36 % à 18-23 mois, 31 % à 24-29 mois, 24 % à 30-35 mois.
• Il porte surtout sur les légumes (54 %), puis viandes/poissons/œuf (29 %).
Les enfants allaités refusent moins ces aliments par rapport aux enfants non allaités.
48 % des mères incitent l’enfant à goûter de nouveau l’aliment, 47 % n’insistent pas et 17 % proposent autre chose. 30 % proposent l’aliment une nouvelle fois, ce qui correspond à l’attitude recommandée (à noter : on estime généralement qu’il faut 8 présentations pour que l’enfant accepte un nouvel aliment).
• Les plus jeunes mamans (moins de 25 ans) sont les plus nombreuses à déclarer forcer leur enfant à manger (16 %).