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N° 4 - Juin 2012
 
 
 
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Une analyse trimestrielle de la littérature scientifique sur la
nutrition du nourrisson et de la petite enfance.


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feuillet Le point sur…

Les apports protéiques chez le petit enfant de 0 à 3 ans

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Les apports protéiques chez le petit enfant de 0 à 3 ans

Les protéines sont nécessaires à la croissance du jeune enfant, mais en quantités bien contrôlées car le nourrisson et l'enfant en bas âge ont des capacités métaboliques encore limitées et des besoins nutritionnels spécifiques. Pourtant, à partir de la diversification alimentaire, l'erreur le plus fréquemment observée est un excès d'apport en protéines lié à un passage trop rapide à l'alimentation des plus grands, tant en termes de qualité que de quantités.

fleche Le rôle des protéines

Les protéines ont un rôle clé dans le fonctionnement du corps humain. Il existe environ 10 000 types de protéines, de taille variable : protéines de structure (comme le collagène ou la kératine de la peau), de reconnaissance ou d'interaction avec d'autres molécules, protéines enzymatiques, protéines ayant des fonctions motrices (ex. : actine et myosine du muscle…) ou des fonctions de transport (comme l'albumine), de récepteurs, ou encore protéines impliquées dans l'immunité, les régulations hormonales ou la synthèse protéique…
Ces protéines sont composées d'acides aminés (AA). Certains AA, au nombre de 9, sont dits "indispensables" ou "essentiels" : méthionine, lysine, tryptophane, thréonine, phénylalanine, isoleucine, valine, leucine et histidine. Ils ne peuvent être synthétisés par l'organisme. Ils doivent donc être apportés par l'alimentation.

L'apport en AA via les protéines de l'alimentation doit donc être à la fois quantitatif, mais aussi qualitatif pour répondre aux besoins de l'enfant aux différents moments de son développement.

fleche Les apports nutritionnels conseillés

Les apports conseillés en protéines (1, 2) ont été estimés chez l'enfant à partir des apports du lait maternel chez le nourrisson (0 à 12 mois) et par des méthodes de calcul statistiques et observationnelles pour l'enfant en bas âge (12 à 36 mois). Ils ont été établis pour permettre de couvrir les besoins en azote et en AA essentiels nécessaires à la croissance (gain statural et pondéral) et ses besoins de maintenance, tout en tenant compte de ses capacités de métabolisation et d'excrétion hépatiques et rénales.

Les besoins journaliers en protéines sont assez constants : entre 7 et 7,5 g/ jour jusqu'à l'âge de 9 mois, avec une petite augmentation au-delà afin de tenir compte de la baisse d'efficacité de l'utilisation des protéines alimentaires fournies par des aliments plus variés

fleche Apporter les protéines adaptées aux besoins de l'enfant

Le lait maternel apporte la quantité et la qualité de protéines nécessaires au nourrisson.
Si la composition en protéines des laits infantiles est un peu différente de celle du lait maternel, elle a été établie de façon à répondre au mieux aux besoins de l'enfant.

• La valeur nutritionnelle protéique d'un aliment dépend de sa capacité à fournir les AA adaptés aux besoins. On distingue les protéines d'origine animale et d'origine végétale. Les protéines animales, que l'on trouve dans la viande, le poisson, les oeufs ou le lait, sont très digestibles et ont une teneur élevée en AA essentiels, dans des proportions assez proches de celles des besoins humains. Les protéines végétales se trouvent dans les céréales (blé, riz, maïs, etc.), les légumes secs, le soja. Leur digestibilité est généralement inférieure à celle des protéines animales et leur teneur en AA essentiels est moins bien adaptée.

La composition des aliments pour bébé est encadrée par une réglementation stricte (3) : la quantité des protéines est adaptée pour apporter la "juste dose" selon les âges, et leur qualité est également  très contrôlée.

fleche Existe-t-il des risques de déficit ?

Le risque de déficit existe dans les régimes de type végétarien (4). On estime que les apports protéiques doivent être accrus de 30 à 35 % dans ces situations jusqu'à l'âge de 2 ans, puis de 20 à 30 % jusqu'à l'âge de 6 ans, par exemple par les aliments à base de soja qui peuvent remplacer les apports en protéines animales, à la condition d'avoir une alimentation variée afin de couvrir l'ensemble des apports en AA essentiels (les profils en AA des protéines d'origine végétale sont différents de ceux des protéines d'origine animale et moins adaptés aux besoins du bébé).
Des cas de kwashiorkors (carence profonde en apports protéiques malgré un apport calorique suffisant) ont été rapportés lors de diètes trop restrictives (5).
Attention, le jus de soja ne peut pas remplacer le lait maternel ou les laits infantiles.

fleche Pourquoi faut-il contrôler l'apport protéique à partir de la diversification ?

L'excès d'apport protéique peut entraîner une surcharge rénale (6). De plus, les protéines animales consommées au-delà d'une certaine quantité pourraient déréguler la sécrétion d'insuline et d'IGF-1, conduisant à la différenciation et à la multiplication des pré-adipocytes (7).

Les données de consommation françaises de 2005 (8), conduites chez les enfants âgés de 0 à 36 mois non allaités au moment de l'enquête, montrent que l'apport protéique moyen est nettement supérieur à l'apport de sécurité, quelles que soient les classes d'âges, et ce, même si les apports moyens sont inférieurs, à partir de 6 mois, à ceux observés en 1997 par la même enquête. Trois enfants sur quatre, âgés de plus de 5 mois, ont des apports protéiques supérieurs au double de ceux dont ils ont besoin. La contribution des protéines à l'apport énergétique augmente avec l'âge et devient supérieure à 15 % à partir de 13-18 mois ; c'est aussi à partir de 13-18 mois que l'enfant mange régulièrement en même temps et la même chose que les autres membres du foyer (9). Ces données montrent également que l'apport protéique est fourni majoritairement, à partir de 10 mois, par des aliments non spécifiques bébés, avec une apparition d'une contribution significative de la viande. Si on ne retire aucun bénéfice d'un apport protéique élevé, il n'est pas certain que cela soit dénué de tout inconvénient.
D'où l'importance, notamment à partir de 12 mois, de sensibiliser les parents à la "juste dose" en protéines, à maintenir jusqu'à 3 ans.

• Lors d'une étude menée en 2010 sur 400 enfants polonais âgés de 13 à 36 mois (10), on a constaté que l'apport en protéines dans le régime alimentaire des enfants était 3 fois plus élevé que celui des recommandations. On constate cependant un statut nutritionnel (évalué à partir de l'IMC) normal pour 45,5 % des enfants.

• En revanche, l'étude hollandaise de Weijs (11), parue en 2011, chez 120 enfants de 4 à 13 ans, suivis jusqu'à l'âge de 8 ans, relie le risque de surpoids sur le long terme à un excès d'apport en protéines durant la petite enfance. Après ajustement des données selon le genre, l'âge, le poids de l'enfant, l'allaitement et le statut socio-économique, l'odds ratio était de 4,6 (1,5-11) pour les groupes ayant les apports en protéines animales les plus élevés. L'étude conclut qu'un apport en protéines animales élevé pendant la 1re année de vie augmente le risque de surpoids à 8 ans.

• Ohlund et al. (12), dans une étude sur 127 enfants, ont conclu que l'IMC à 17-18 mois était le facteur le plus prédictif de l'IMC à 4 ans ; l'apport protéique intervient également mais dans une moindre mesure.

fleche Au total

Une alimentation équilibrée chez le petit enfant, suivant les recommandations, apporte la quantité nécessaire et suffisante en protéines. Il est utile de rappeler aux parents de maintenir l'apport lacté à 500 ml/j, de ne pas dépasser les apports recommandés en protéines et de varier les sources de protéines pour apporter tous les acides aminés indispensables.

 

L'apport en acides aminés par l'alimentation doit être à la fois quantitatif et qualitatif.


Les apports lactés en protéines

Taux de protéines dans le lait :
- Lait maternel : env. 1 g/100 ml (1).
- Lait de suite de 6 mois à 1 an (si pas d'allaitement), puis lait de croissance (de préférence, de 1 à 3 ans) : 1,2-2,3 g/100 ml (2).
- Lait de vache entier : 3,8 g/100 ml (16).

Quantité de lait recommandée à partir de 6 mois et jusqu'à 3 ans : 500 ml/jour (13, 14).



loupe en savoir plus

1. Beaufrère B et al. Nourrisson, enfants et adolescents. In : Martin A. Apports nutritionnels conseilles pour la population française. Edition Tec & Doc, 2001 : 255-91.
2. AFSSA. Apport en protéines : consommation, qualité, besoins et recommandations. Coordinatrice Celine Dumas. 2007.
3. Arrêté du 11 avril 2008 relatif aux préparations pour nourrissons et aux préparations de suite.
4. Ami M, for the Canadian Paediatric Society, Community Paediatrics Committee. Vegetarian diets in children and adolescents. Paediatr Clin Health 2010 ; 15 : 303-8.
5. Tierney EP et al. Kwashiorkor from a severe dietary restriction in an 8-month infant in suburban Detroit, Michigan: case report and review of the literature. Int J Dermatol 2010 ; 49 : 500-6.
6. Escribano J et al. Increased protein intake augments kidney volume and function in healthy infants. Kidney Int 2011 ; 79 : 783-90.
7. Socha P et al., for the European Childhood Obesity Trial Study Group. Milk protein intake, the metabolic-endocrine response, and growth in infancy: data from a randomized clinical trial. Am J Clin Nutr 2011; 94 :1776S-84S.
8. Fantino M et al. Apports nutritionnels en France en 2005 chez les enfants non allaites âgés de moins de 36 mois. Arch Pediatr 2008 ; 15 (Hors série 4) : 34-45.
9. Le Heuzey MF et al. Comportement alimentaire des nourrissons et jeunes enfants de 0 a 36 mois : comparaison des habitudes des mères. Arch Pediatr 2008 ; 15 (Hors série 4) : 19-45.
10. Weker H et al. Analysis of nutrition of children aged 13-36 months in Poland: a nationwide study. Med Wieku Rozwoj 2011 ; 15 (3 Pt 1) : 224-31.
11. Weijs PJ et al. High beverage sugar as well as high animal protein intake at infancy may increase overweight risk at 8 years: a prospective longitudinal pilot study. Nutr J 2011 ;10 : 95.
12. Ohlund I et al. BMI at 4 years is associated with previous and current protein intake and with paternal BMI. Eur J Clin Nutr 2010 ; 64 : 138-45.
13. PNNS. La santé vient en mangeant et en bougeant. Le guide nutrition des enfants et ados pour tous les parents. Septembre 2004.
14. PNNS. Livret d'accompagnement du Guide nutrition des enfants et ados pour tous les parents destiné aux professionnels de santé. Septembre 2004.
15. Complementary feeding: a commentary by the ESPGHAN Committee on Nutrition. Medical position paper. J Pediatric Gastroenterol Nutr 2008 ; 46 : 99-110.
16. Anses. Tables Ciqual 2008. Composition nutritionnelle des aliments. Lait entier stérilisé UHT. http://www.anses.fr/TableCIQUAL/index.htm

 

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